HOMELIE
DE Mgr J.Y. MOLINAS
Durant
la Messe célébrée en la Cathédrale de Toulon
Le
lundi 11 mars 2013
Pour
le Colonel J. BASTIEN THIRY assassiné le 11 mars 1963
Il y a cinquante
ans, un homme tombait sous les balles du peloton d’exécution.
Nous savons, nous
qui sommes réunis dans cette cathédrale, qui était cet homme et les raisons
pour lesquelles il achevait prématurément sa vie dans les fossés du fort
d’Ivry.
Depuis cinquante
ans des générations d’hommes et de femmes se sont succédées. Peu nombreux ont connaissance de ce drame qui a
cependant marqué l’histoire de notre pays. Cette mort est intimement liée à
l’agonie et à la mort d’une province française, l’Algérie, mais plus encore au
refus d’accepter de voir la France renoncer à sa mission de nation
civilisatrice dans le monde et particulièrement sur toutes ces terres
lointaines où son génie avait permis un bond de mille ans en avant. Nombreux
historiens, géopoliticiens, philosophes expliqueront que ce dégagement était
inévitable et que le vent de l’histoire nous y obligeait fut ce au prix d’un
abandon dramatique des populations qui avaient cru, elles, en la France. Mais
des hommes se sont élevés contre ce qu’il faut bien appeler une forfaiture, une
trahison, et donnèrent leur vie pour ne pas faillir à la parole donnée.
Et, parmi eux, il y
eut Jean Bastien-Thiry. Jeune lieutenant-colonel, marié et père de trois
petites filles, il n’hésita pas à
sacrifier un avenir humain et professionnel prometteur, pour que la France ne
se perde en succombant à « l’acharnement d’un très vieil homme ».
était un fervent
chrétien, et cela depuis sa plus tendre enfance. L’amour du Christ l’avait tout
naturellement ouvert à l’amour de sa patrie, la France. Ainsi, pétri par les
pages de gloire de l’histoire de son pays et par le baptême qui marqua la
France, il ne pouvait ignorer le drame qui se déroulait sous ses yeux, et dont
il prévoyait clairement les conséquences désastreuses que non seulement la
France mais aussi l’Europe auraient à endurer.
N’oublions pas le
contexte géopolitique existant alors : d’une part, l’idéologie marxiste
diffusant ses mensonges et pénétrant toutes les couches de la société ; des
centaines de pays dans le monde asservis à cette dictature habilement présentée
comme l’avènement de la liberté et de la démocratie pour les plus pauvres ; la
menace militaire des pays du pacte de Varsovie prêts à envahir le monde libre ;
à l’intérieur la subversion, aux frontières les chars et les missiles. Et
d’autre part, en Algérie et dans nombre de pays musulmans le réveil d’un Islam
fait d’intolérance, de violences extrêmes et dont la volonté d’expansion dans
le monde est clairement démontrée aujourd’hui.
En 1963,
l’indépendance de l’Algérie est déjà survenue. Le nouvel état algérien n’a tenu
aucun compte des accords d’Evian qui devaient permettre aux différentes
communautés de continuer de vivre sur cette terre. Jour après jour, les
nouveaux maîtres du pays, hier encore terroristes sanguinaires mais qui, bien
qu’au pouvoir, n’ont pas renoncé à leurs méthodes, bafouent ces accords. Des
milliers d’européens sont enlevés, des centaines de milliers de harkis sont
massacrés dans des conditions horribles, l’armée française encore présente en
Algérie, restant, sur ordre, l’arme aux pieds. Les églises sont profanées, les
cimetières dévastés…Tout cela après la fusillade de la rue d’Isly à Alger, le
26 mars 1962, où l’armée française tira sur des hommes et des femmes qui
revendiquaient seulement le droit de rester français sur une terre française,
et le massacre horrible du 5 juillet à Oran.
La pureté de cœur
et d’esprit de Jean Bastien-Thiry ne pouvait accepter que la France continua de
sombrer dans l’ignominie, après que, comme le déclara le Président du Sénat
Gaston Monnerville, « la Constitution eut été violée et le peuple abusé ». Nous
ne tenterons pas ce soir de découvrir le cheminement qui amena Jean-Bastien
Thiry jusqu’à l’attentat du Petit Clamart contre le président de la république,
mais nous retiendrons comme certain que ce qui le conduisit jusqu’à cet acte,
ce ne fut pas la haine de celui qui gouvernait alors la France, mais « la
compassion pour les victimes » de cet homme, la volonté de « sauvegarder des
vies humaines innocentes », et l’amour de la France dont il ne voulait pas que
l’histoire fût irrémédiablement souillée.
La mort courageuse
de Jean Bastien-Thiry et de tant d’autres de ses compagnons qui ne se sont pas
résignés à accepter le fatalisme d’une nation anesthésiée, nous amènent,
cinquante ans après, à nous poser cette question : leur sacrifice a-t-il été
vain ? On pourrait le craindre en constatant combien notre pays et l’occident
chrétien en général semblent s’être détourné de leur destinée. Un chef d’état
français n’a-t-il pas été parmi les plus déterminés opposants à la
reconnaissance des racines chrétiennes de l’Europe ? La France, notre patrie,
est aujourd’hui défigurée, et bon nombre de nos compatriotes semblent avoir
renoncé à la fierté d’être français. Ne leur demande-t-on pas, encore et
encore, de se battre la coulpe et de se reconnaître coupables de toutes les
abjections commises sur cette terre. Depuis des décennies, on leur a retiré peu
à peu les repères historiques, religieux et philosophiques qui les
constituaient en nation. On enseigne dans nos lycées que le FLN, qui fut
l’ennemi de la France et dont on s’acharne à vouloir dissimuler le terrorisme,
la cruauté et le mensonge, incarna la révolte saine et courageuse d’un peuple
opprimé pour se libérer du colonialisme français. Cinquante après, nombre d’algériens
eux-mêmes n’y croient plus ! Et du coup, on passe sous un silence honteux
les 30 000 soldats français morts pour la France en Algérie. Pire encore, on
crache sur leur tombe. Peu à peu, on a effacé de notre histoire les grandes
figures qui faisaient que l’on pouvait être fier d’être français. Je dis avec
assurance et certitude que Jean Bastien-Thiry fait partie de ceux là. Hélas, en
compensation, on a fait du show-biz un olympe et des saltimbanques et autres
marchands de rêves, les maîtres à penser d’un peuple décadent.
Le bilan pourrait
donc nous paraître bien triste. Et
pourtant, la foi et l’espérance ne doivent pas déserter notre vie. Il n’est pas
possible que les sacrifices de tels hommes ne finissent par porter du fruit.
Autant de souffrances, (je pense à l’indicible souffrance que connurent les
proches de celui dont nous faisons mémoire, son épouse, ses trois filles alors
encore enfants, de tous ceux dont un des leurs tomba sous les balles du
pouvoir) autant d’abnégation engendreront un jour de nouvelles générations qui
se lèveront, et se reconnaitront en ce frère ainé qu’est Jean Bastien- Thiry.
Animées par la foi, ils édifieront ce Royaume de lumière, de paix, de
fraternité et de vérité que le Christ est venu instaurer sur notre terre.
Et pour nous les Pieds-Noirs, c’est un devoir de nous souvenir de la
compassion de Jean Bastien-Thiry pour notre calvaire. « Les Pieds-Noirs ne pourront oublier que cet homme, pétri de traditions, enchaîné par ses
principes, a tenté l’intentable à cause d’eux. » («
Plaidoyer pour un frère fusillé » de Gabriel Bastien-Thiry)
Avant de rendre sa
belle vie à Dieu, Jean Bastien-Thiry, heureux d’apprendre que ses camarades
avaient été graciés, servit à sa dernière messe célébrée par l’aumônier.
S’adressant au prêtre, il lui dit : « Mon Père, offrons cette messe pour qu’un
jour redevienne possible l’unité des Français. » « Oui, mon Père, il faut qu’un
jour les Français puissent être unis ! » Devant le peloton d’exécution «
l’Homme a souri, et son visage a reflété un immense apaisement, une sérénité
définitive. » Que Dieu sauve la France ! Amen
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Mis en page le 15/03/2013 par RP |